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XVe Année du Grands et jeunes d'aujourd'hui au Grand Palais des Champs Elysées


1974-05-17 Grands et jeunes d'aujourd'hui
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Devant un Salon, qui lui semblait surencombré, Balzac, peu après 1830, évoquait mélancoliquement les Salons antérieurs:


« Parmi les deux cents tableaux choisis, le public choisissait encore : une couronne était décernée au chef d'oeuvre par des mains inconnues. Il s'élevait des discussions passionnées à propos d'une toile. Les injures prodiguées à Delacroix, à Ingres, n'ont pas moins servi leur renommée que les éloges et le fanatisme de leurs adhérents. Aujourd'hui ni la Foule ni la Critique ne se passionneront plus pour les produits de ce bazar ... Au lieu d'un tournoi, vous avez une émeute ... ».


L'émeute n'a fait que se développer depuis lors. Les exposants et même les Salons se sont multipliés. Cependant la Foule et la Critique continuent, semble-t-il, à se pasionner, à discuter, à s'injurier et à distribuer des couronnes. Les moeurs, les idées, les attitudes ont fantastiquement évolué; et cependant le Salon, les Salons demeurent.


C'est évidemment qu'ils répondent à une nécessité profonde.


Le Salon « Grands et Jeunes d'Aujourd'hui » a été, ces dernières années, l'un des plus utiles. Que de jeunes ont pu y montrer leurs premiers travaux ! Aussi est-ce là que se firent tout d'abord remarquer, à l'ombre de grands aînés, plusieurs artistes à présent célèbres.


Il ouvre donc ses portes pour la quinzième fois, et va pour la quinzième fois offrir un panorama généreusement ouvert sur les différentes tendances de la peinture à une heure donnée. Chaque année la gerbe se fait différente imperceptiblement. Et, plus vite qu'on ne croit, Aujourd'hui devient hier; le Présent, le Passé. Le mélange des aînés et des cadets n'adoucit qu'à peine la rapidité du changement et l'embarras du visiteur.


Une bonne part de cette évolution était sans doute inévitable. Puis-je rappeler ce que Valéry écrivait dès 1928?


« Nos Beaux-Arts ont été institués, et leurs types comme leur usage fixés, dans un temps bien distinct du nôtre, par des hommes dont le pouvoir d'action sur les choses était insignifiant auprès de celui que nous possédons. Mais l'étonnant accroissement de nos moyens, la souplesse et la précision qu'ils atteignent, les idées et les habitudes qu'ils introduisent, nous assurent de changements très prochains et très profonds dans l'antique industrie du Beau. Il y a dans tous les arts une partie physique qui ne peut plus être regardée ni traitée comme naguère, qui ne peut pas être soustraite aux entreprises de la connaissance et de la puissance modernes. Ni la matière, ni l'espace, ni le temps ne sont depuis vingt ans ce qu'ils étaient depuis toujours. Il faut s'attendre que de si grandes nouveautés transforment toute la technique des arts, agissant par là sur l'invention elle-même, aillent peut-être jusqu'à modifier la notion même de l'art. »



Autre chose est autrement décontenançant. C'est l'extraordinaire développement des valeurs de Sarcasme. Qui se frotte à l'art contemporain risque à chaque cas de s'exalter devant une Ironie.


Picasso disait à Malraux : « Il faut tuer l'art moderne. Pour en faire un autre ». Il va de soi qu'un tel propos eût pu, dans une autre bouche, avoir un sens tout différent. Mais il ne faut pas redouter les malentendus. L'intention d'un auteur n'est, après tout, que son intention. (Et c'est aussi tout aussitôt du Passé). Si une Ironie est finalement sacrée Idole, c'est tant pis pour l'ironie première ! Une oeuvre n'est pas seulement fille d'un auteur et de ses intentions. En dépit des tendances, des écoles, des principes et des principes contraires,l'important est moins ce qui se donne à voir dans un tableau, dans une sculpture, dans un objet, que ce qui s'y cache. Deux oeuvres, de technique très analogue, dues à deux auteurs classés dans un même groupe, peuvent procéder de psychologie ou de ressorts très éloignés; et deux oeuvres très différentes procéder d'aspirations voisines. Thoré sentait un même principe dans un petit Buisson de Ruysdael et dans le Penseur de Michel-Ange. Qui se promène dans un Salon doitchercher à sentir, par delà les oeuvres et leurs auteurs, ce qui, en dépit des artifices de la culture et de l'anti-culture, vient des entrailles de la nature, de la terre et de la chair.


André BERNE JOFFROY

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