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L'art de l'abstraction réversible


 
 

Le parcours artistique de Valentiner commence au début des années soixante dans la ville française de Tours. A vingt-deux ans, l'étudiant de l'Ecole Régionale des Beaux-Arts s'imprègne des effets de la géométrie abstraite du "hard edge" et les combine avec la tradition française de l'attitude absurde du surréalisme. En 1967, il réalise des tableaux qui portent des titres tels que "Portrait d'un jeune professionnel. Tout dans la cravate ! " ou " Monsieur X, 18 ans, 1 mètre 65 ", rappellent l'énigme dadaïste ironique de Man Ray ou Francis Picabia. Dans les deux tableaux apparaît une combinaison d'éléments formels identiques - un quadrilatère avec une grille géométrique abstraite, une cravate, un segment de cercle et enfin un champ tramé de points - qui, même s'ils apparaissent à chaque fois dans un contexte motivique différent, donnent le caractère de variations d'un même motif. On voit déjà ici une caractéristique importante de la méthode de travail de Valentiner : la création de variations et de mutations d'un motif de base ou de quelques formes de base. Cette "méthode" artistique reste par la suite l'un des facteurs les plus importants dans l'œuvre artistique de Peter Valentiner.


Le mai 1968 parisien, qui représentait le sommet du mouvement étudiant en Europe, et les tentatives de libéralisation en Union soviétique et en Chine ont entraîné la scène artistique française dans le sillage de la politique. Dans le livre "L'art en France depuis 1966", Marie Louise Syring décrit ainsi la situation de l'époque : "Beaucoup d'artistes et d'intellectuels, [ ... ] ont [ ... ] alors renoué un dialogue avec le marxisme et aussi avec celui du PCP, face à la déstabilisation et au rôle joué par le parti dans la lutte pour l'indépendance des Algériens. Mais plus encore, la révolution culturelle de 1966 en Chine a contribué à la politisation générale de la scène". Une grande partie des artistes plasticiens en France se sentent obligés, en correspondance avec l'attitude politisante des intellectuels français, de thématiser la politique dans leurs tableaux.


Peter Valentiner délaisse lui aussi les motifs d'ironie générale et les remplace dans ses tableaux par des motifs de "lutte des classes". Bien qu'il se sente mentalement proche du groupe "Supports/Surfaces", qui s'efforce de concrétiser sa position politique pseudo-marxiste et son aspiration à une "désidéologisation" complète de l'art dans une abstraction décorative, ses tableaux "Touristes a Moscow" (1969) et "The SaW Man, Detektiv" (1969) présentent plutôt une parenté formelle avec les "collages" peints réalistes et critiques de Gudmundur Erro.


Dans le tableau "I'm a lonesome cowboy", réalisé en 1969, Valentiner "colle" différentes images dans une surface picturale divisée selon l'ordre de la grille mondrienne. Toutefois, la grille n'est respectée que dans l'orientation et la répartition des images partielles, mais pas dans ses limites, ce qui donne l'impression qu'il s'agit de cartes postales collées sur et à côté les unes des autres. L'impression de cartes postales est encore renforcée par les motifs et leur réduction formelle, extrêmement frappante, à de simples silhouettes : la silhouette d'un cow-boy de rodéo apparaissant sur le dos d'un cheval devant le cercle lumineux d'un soleil levant, l'image de l'ombre d'un autre cow-boy conduisant une vache à la maison au crépuscule, la silhouette d'un downtown américain et l'image d'un drapeau coréen flottant au vent. En les associant à la figure centrale d'un Gi en armure complète, qui se perd - I'm a lonesome cowboy - comme une silhouette solitaire dans un paysage d'Extrême-Orient, elles acquièrent toutes un contenu politique et critique qui découle des oppositions contrastées de ces "idylles" à vocation publicitaire.


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